Interview

Cali - Interview - Pierre Derensy


En Cali il doit y avoir un petit peu de Tintin globe-trotter, beaucoup de Zorro vengeur et intègre jusqu’au bout de la cape, et quelques gènes du Marsupilami bondissant aux quatre coins de la province. En nous offrant « Le Bordel Magnifique », live de sa dernière tournée, il confirme toutes ses dispositions à incarner le vitrail d’un millier de référents qui resplendissent sous l’astre lunaire. En musique, on pourrait vite le cataloguer dans la liste des bêtes de scène où trônent allégrement Brel ou Ferré. Oui, Bruno Caliciuri, grâce à ce disque, est vraiment magnifique et fou le bordel, un bordel joyeux et festif, un bordel tragique et émouvant par les pleurs qu’il nous arrache sans vergogne, un vrai bordel où il fait le tour d’une prestation scénique exceptionnelle sans jamais nous décevoir. Il y a des mecs parfois qui vous donne envie d’être à la hauteur, d’être à leur hauteur car privilégiant le partage à la glace froide d’un spectacle sans âme, Cali en fait parti : Chapeau l’animal.

Pierre :
On m’a dit de faire vite car tu étais fatigué ?
Cali :
Je t’avouerais qu’on ne dort pas beaucoup en ce moment…
Pierre :
Je voulais te demander pour commencer si ce « bordel magnifique » est un live d’amour pour la province ?
Cali :
«(rire) Ecoute je vais la ressortir celle là dans la promo ! Un live d’amour pour la province oui, je suis super fier d’avoir enregistré ce disque à Lille car dans le Nord c’est toujours la fiesta et les gens sont heureux, nous amenant beaucoup de choses…. Bon allez pour ne pas mentir il y a aussi un peu des parisiens sur le disque.
Pierre :
Pourquoi n’avoir pris que ce live alors qu’apparemment tu as enregistré sur plusieurs dates et lieux ?
Cali :
En fait ce qui s’est passé c’est qu’on a enregistré avec le gros matériel à Lille sur un one-shot. On a fait ensuite fait quelques enregistrement à droite et à gauche mais ils ne sont pas exploitables, c’est surtout pour le DVD qui va sortir en Novembre où là il y aura des images d’un peu partout.
Pierre :
J’ai eu beau chercher une référence pour le titre de ce disque dans nos nombreux livres communs qui sont souvent des clins d’œil pour toi sur tes titres de disques, mais je n’ai pas trouvé pour « Le Bordel Magnifique », pourrais tu me donner la clef de ce titre ?
Cali :
Ca se rapproche du looser magnifique. Le bordel c’est surtout pour souligner le moment ingérable quand tu es en concert, que ça dépasse l’entendement, ce moment magique du concert.
Pierre :
C’est ce que tu recherches quand tu joues sur scène ?
Cali :
Oui le moment où c’est celui, entre nous les musiciens et le public qui arrivera à faire le plus le con (rire). J’aime ce passage du non retour… quant à ‘Magnifique’ après une tournée à plus de 400 000 personnes et que tu prends des sourires, des cris tout le long des dates c’est un élan musical incroyable.
Pierre :
Pourquoi t’es tu arrêté à 14 titres sur l’album live ?
Cali :
Tout simplement pour une question de place sur le CD. J’aime bien aussi l’idée d’énergie, un live plus long tu peux le faire mais tu dois passer par l’image pour être dans l’ambiance de l’histoire.
Pierre :
Quand on te voit sur scène tu parles beaucoup aux gens, alors que sur le disque les titres s’enchaînent, c’était un choix de mettre off ces interludes ?
Cali :
J’ai choisi délibérément de les enlever. On doit m’entendre deux trois fois hurler « Lille » je crois…
Pierre :
Ouais je te confirme qu’on t’entend très bien le dire !
Cali :
(rire) Liiillle ! oui je sais pas pourquoi j’ai voulu enlever les mots sans rien d’autre que la musique, sûrement pour que chacun du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest puisse mettre les mots qu’ils souhaitent. J’adore l’idée que celui qui écoute et qui m’a vu sur scène puisse se dire c’est à ce moment là qu’il a dit ça ou ça. Chacun se rappelle de son concert.
Pierre :
Si on regarde la track-list dans le live on retrouve beaucoup plus de titres de « Menteur » ?
Cali :
Ce n’est pas calculé du tout ! c’était juste ce que je ressentais du live et ce qui me revenait le plus. On a hésité par exemple sur une version du « Vrai Père » qui sonne totalement différente en concert et que j’aurais voulu mettre mais ça on le balancera sur le net ou ailleurs.
Pierre :
L’apport des cuivres ouvre un spectre différent à tes compositions ?
Cali :
Les cuivres c’est une découverte pour moi, ils sont venus sur l’enregistrement de « Menteur » et depuis on ne s’est pas quitté, je voulais les avoir en tournée. Ce qui me plait c’est qu’ils donnent une vraie couleur distincte à mes chansons. Sur la fin de « C’est quand le bonheur » il y a un coté Mano-Négra qui m’enchante.
Pierre :
Et sur le début il y a un coté feria !
Cali :
Ouais ! tout à fait ! j’adore
Pierre :
Dans ce live, ce qui te caractérise c’est que tu offres beaucoup au public, tu lui laisses prendre la piste mais tout en montrant que tu restes le maître de cérémonie, c’est un bordel magnifique mais pas le bordel tout court ?
Cali :
Il y a des soirées où c’est vraiment le gros bordel et quand ça suit de partout, quand les gens reprennent les chansons tu es transporté et là c’est gagné. J’ai du mal à me regarder en vidéo mais là j’étais obligé de me regarder et j’ai vu que parfois je me contente de faire les grands gestes avec les bras et ce sont les gens qui chantent les refrains (rire). Je ne m’en rends pas trop compte quand je suis sur scène… en fait je suis un gros branleur ! (rire)
Pierre :
Lorsque j’ai vu tes différents passages j’étais sidéré de voir des jeunes de 14 ans prendre « Je ne vivrais pas sans toi » ou d’autres titres sans, je pense avoir le vécu nécessaire pour les comprendre vraiment, des fois penses tu chanter autre chose que ce qu’ils entendent ?
Cali :
Oui… tu as raison, je le réalise tous les soirs. Par exemple cette chanson : « Je ne vivrais pas sans Toi » il y a des propos violents dans cette chanson et une histoire par forcément gaie. Et tu les vois reprendre en cœur le prénom Emma.
Pierre :
Christophe me disait qu’il ne savait plus le nombre de gens qui ont fait l’amour sur « Aline » et le nombre d’enfants qu’il a encouragé à naître dans les foyers, as tu déjà eu confirmation qu’après « Pensons à l’Avenir » la France se soit repeuplée ?
Cali :
Je vais te dire un truc, il y a un jour une fille me disait qu’elle faisait régulièrement l’amour sur « Je m’en Vais » avec sa copine et ça m’a beaucoup flatté. Y en a pas mal qui m’ont parlé de flirt suite à cette chanson.
Pierre :
Tu installes une intimité troublante sur le live au moment de cette chanson ?
Cali :
Au milieu oui ! (rire) A un moment donné les techniciens un soir sont montés sur scène et ils étaient à poil. Moi je savais pas, j’étais en train de chanter sérieusement.(rire)
Pierre :
Tu reviens pour une série de concert Piano-solo c’est ton passage sous cette forme Québec qui t’as motivé à le faire ici en France ou c’est de voir Daniel Darc faire ce genre de prestation angélique ?
Cali :
C’est pas piano solo, disons que ce sera un concert acoustique. Moi je joue de la guitare acoustique, julien est à son piano et les cuivres. Les cuivres vont jouer 8 cuivres différents. Je suis sur Paris du 04 au 12 Octobre à la Maroquinerie.
Pierre :
Cela va beaucoup changer ta manière d’appréhender la scène ?
Cali :
Ca change totalement. Moi je chante différemment, les mots sont beaucoup plus posés, il y a une promiscuité avec le public. On peut vraiment discuter. C’est vraiment rigolo, hier on a joué du coté d’Agen et Cabrel est venu jouer avec nous, on a fait un duo sur « Encore et Encore » avec le piano et les cuivres. Pour moi ce fut un grand moment de musique.
Pierre :
Tu as la chance de réaliser tous mes rêves : rencontrer Cantona, faire une étape du tour de France, c’est vraiment ça le bonheur : d’avoir connu les jours de vache maigre et maintenant de profiter de tout. N’as tu pas peur qu’on finisse par dire mais merde il en fait trop, et de ne plus bien savoir où se trouve le chanteur dans tout ça ?
Cali :
Sincèrement je m’en fous. J’emmerde ceux qui disent ça. (rire). Je prends du plaisir, je vois pas pourquoi je m’en priverais. L’étape du tour de France je l’ai faite avec Didier Wampas il sautait partout comme un gamin. C’était génial.
Pierre :
Cette fois entre la fin des concerts et le prochain album tu vas prendre le temps de respirer ?
Cali :
ouais, cette fois-ci je m’arrête. On part en Amérique du sud faire quelque dates en janvier et après j’arrête. Si le timing est normal j’enregistrerais fin d’année 2007.
Pierre :
Je suis obligé de revenir sur Laurent Fabius et son acte de piraterie ?
Cali :
Ce qui m’a emmerdé c’est qu’il ne me demande pas l’autorisation. J’étais en tournée et soudain en allumant LCI le soir je vois « Le chanteur Cali ouvre la campagne de Fabius ». J’ai juste donné un communiqué pour démentir cela.