Jeanne Cherhal - Festival Les Vieilles Charrues 2005

Jeanne Cherhal - Interview 2006

Jeanne Cherhal - Concert Le Trianon (Paris) 2006

Jeanne Cherhal - Concert L' Olympia (Paris) 2007

Jeanne Cherhal - Concert La Cigale (Paris) 2014

Jeanne Cherhal - Festival Fnac Live 2014




Interview

Jeanne Cherhal - Interview - Pierre Derensy


Jeanne Cherhal en interview c’est une crème. Elle explique tellement bien son dernier disque « L’Eau » et tout ce qui va avec qu’il suffit de retranscrire mots pour mots ses propos. La rencontrer juste après une saillie populiste d’un chroniqueur grabataire de la bande à Ruquier la critiquant avec une certaine mauvaise foi, m’oblige à la défendre alors que finalement elle se débrouille très bien toute seule pour faire taire les sceptiques dont je ne fais pas parti.

Pierre :
Vous savez Jeanne, à cause de vous je suis entré en guerre ?
Jeanne Cherhal :
Ha bon ? Holà là qu’est ce que j’ai encore fait ?
Pierre :
Je n’ai pas du tout apprécié les propos d’un certain Pierre Bénichou lorsque vous étiez sur le plateau de « On a Tout Essayé »
Jeanne Cherhal :
Ha d’accord, c’est vrai qu’il a été particulièrement odieux avec moi. En plus, les pires méchancetés qu’il m’a dites ont été coupées au montage : il m’a même fait des attaques sur mon physique en disant que j’étais « laide ». Quand il dit « Je m’attaque à vous car vous êtes une vedette et vous représentez la gloire » je suis désolée mais il se trompe de star.
Pierre :
Personnellement pour moi vous êtes la plus belle des vedettes !
Jeanne Cherhal :
C’est gentil.
Pierre :
Ecoutez on quitte ce gros laid et on en vient au beau c’est à dire à « L’eau » votre nouvel album, pour démarrer : quand vous vous brossez les dents vous coupez l’eau ou vous laissez le robinet ouvert ?
Jeanne Cherhal :
Toujours coupé. En plus je me brosse les dents 5 fois par jour. Mon papa est plombier et du coup on a été élevé dans l’optique de ne pas gaspiller l’eau. Mon père avait toujours des magouilles pour récupérer l’eau de pluie par exemple. Le non gaspillage de l’eau cela fait parti de mon quotidien depuis que je suis enfant.
Pierre :
Plutôt bain ou douche ?
Jeanne Cherhal :
Les deux mon général ! Ce n’est pas le même usage. Le bain est une manière de me détendre après une grosse journée. La douche est plus hygiénique.
Pierre :
Quand j’écoute « Je suis Liquide » je me dis que ça ne peut pas être cette même fille qui semble si forte quand je la vois ?
Jeanne Cherhal :
En fait quand on voit quelqu’un sur scène ou quand on écoute un disque d’un artiste, il y a quelque chose de flatteur, une certaine mise en valeur. Que l’artiste est tout puissant. Beaucoup de gens qui me reconnaissent dans la rue me disent « Je te croyais beaucoup plus grande que ça ». Evidement je ne me sens pas surpuissante, j’essaye de prendre le contre-pieds de mes défauts, mes faiblesses et mes failles. C’est vrai que « Je suis liquide » c’est un photomaton pour me présenter d’une façon sincère. C’est très dur de dire en dehors de la chanson "Je ne suis pas super forte, je n’ai pas confiance en moi".
Pierre :
Contrairement à « Douze Fois Par An », « L’Eau » semble plus proche d’un auto-portrait que par le passé où vous dessiniez des tableaux des autres ?
Jeanne Cherhal :
Dans l’album précédent je me disais aussi ‘c’est très proche de moi’ ! (rire) J’avais l’impression d’être en total cohésion avec mon disque, et avec le nouveau c’est encore plus vrai. Je ne sais pas où je vais m’arrêter. Ce n’est pas un album nombriliste : je suis partie de moi pour poser mon regard sur ce qui m’entoure. Effectivement il y a pas mal de chansons où je parle de ma vie intérieure comme «La Peau sur les Os». Ce n’est pas une barrière, quand on écrit des chansons avec tout ce que l’on est c’est peut être le meilleur moyen de toucher les gens. J’aime beaucoup sentir une sincérité chez les artistes. Je suis attachée à la personnalité d’un artiste. J’adore les artistes qui écrivent leurs textes. Je suis par exemple, ultra fan de Brigitte Fontaine. Pour moi c’est la plus grande. J’étais très fan de Barbara mais pas pour les mêmes raisons. Brigitte Fontaine représente une sorte de décadence poétique, une élégance d’écriture bien ancrée dans son époque.
Pierre :
Dans beaucoup de vos chansons, on a l’impression que vous voudriez être une autre et que le disque sert à fantasmer un autre vous ?
Jeanne Cherhal :
J’ai une propension à douter, à me remettre en question en même temps c’est en étant exigeante qu’on progresse, mais j’aimerais me reposer parfois sur mes lauriers (rire). J’en avais discuté avec Souchon une fois, en lui demandant s’il y avait un moment dans une carrière où l’on était serein et il m’avait répondu que non seulement on ne devenait pas serein mais que ça empirait d’années en années. Rien que le fait d’appuyer sur les chœurs dans mon disque, de me servir de ma voix de manière ludique cela m’a peut être donné la possibilité de m’entendre autrement. Le fait de m'écouter chanter avec moi-même c’est surnaturel. Dans « Je suis Liquide » je voulais justement être sur le char de Cléopâtre qui avance avec ce rythme impérial. Musicalement j’ai l’impression de fantasmer sur une puissance vocale que j’aurais (rire).
Pierre :
Est ce l’élément liquide qui rend cet album un rien triste ?
Jeanne Cherhal :
Je dirais pas triste mais préoccupé par ce qui m’entoure, par le fait d’être une femme, une femme privilégiée par rapport à d’autres. (soucieuse) Ho ça m’embête un peu si vous trouvez mon disque triste… peut être dans « Rond de Larmes » qui est une apologie des pleurs. Pour moi ce n’est pas dramatique de pleurer, c’est quelque chose qui permet de se purger, de se calmer et je tenais à faire un titre pour dédramatiser l’acte de pleurer. Mais apparemment ça ne marche pas (rire). Jusqu’à présent je n’ai jamais réussi à écrire une chanson optimiste. Je ne suis pas dans le morbide, mais j’aime écrire sur des choses qui me donnent envie de taper dans le mur
Pierre :
Vous chantez « Frédéric » sur un détenu en prison, votre chanson sort en même temps que le rapport sur les conditions carcérales inacceptables en France ?
Jeanne Cherhal :
Bizarrement c’est quelque chose qui me touche beaucoup. Je me tiens informée et ça depuis longtemps. Je suis très sensible à la vie en prison. Je fais partie d’une association qui organise de la correspondance avec les détenus. C’est une toute petite action, qui me demande très peu de mon temps mais c’est une manière d’être un lien avec le monde extérieur pour des gens qui souffrent du manque de liberté. Cela me permet en plus de relativiser et de me dire que j’ai beaucoup de chance d’être en bonne santé et en liberté.
Pierre :
Vous dites que pendant 1 an et demi vous avez fait un break mais c’est oublier de souligner la grâce que vous apportez à différents projets comme « Le soldat Rose » ou «Tout le monde se sert dans mon Assiette » ?
Jeanne Cherhal :
Oui, c’est vrai. Je fais aussi des reprises basse-guitare pour m’amuser avec JP Nataf dans Reg Legs notre groupe. « Le Soldat Rose » cela ne m’a pas pris beaucoup de temps, Louis m’a proposé un rôle dans son compte et en 2 heures j’avais enregistré ma chanson. J’ai aussi écrit pour Jean Guidoni, j’ai fait des choses ponctuelles car je n’aurais pas su passer 1 an et demi dans un studio pour faire mon disque. Mais mon break je l’ai fait par rapport à mes concerts. Depuis que je fais de la scène, c’est à dire depuis 7 ans je n’avais jamais arrêté comme ça. C’est une première de prendre la décision de couper les ponts avec les concerts, mais j’avais besoin de me recentrer et de redémarrer autre chose. Quand j’ai terminé la tournée je n’avais aucune nouvelle chanson, j’étais complètement au pied du mur et il était temps de repartir dans une phase de création.
Pierre :
Le fait de reprendre pendant un temps « les monologues du vagin » a t’il compté pour l’inspiration de ce nouvel album ?
Jeanne Cherhal :
Oui. « On dirait que c’est Normal » ma chanson sur l’excision, je l’ai écrite alors que j’étais encore en train de jouer la pièce. Avant de connaître ce texte qui en parle très bien sur quelques lignes, je comparais l’excision avec la circoncision chez les hommes alors que c’est bien plus cruel, bien plus inhumain. Pour moi « le Monologue » a été un moment particulier, précieux, un texte très important à dire. Cette pièce de théâtre a tendance à rebuter les gens alors que c’est une pièce où l’on rit beaucoup.
Pierre :
C’était difficile justement à jouer avec certains passages disons « crus » ?
Jeanne Cherhal :
Il faut mettre un peu sa pudeur dans un tiroir, on retransmet les propos de femmes qui ne sont pas nous mais en s’appropriant leurs paroles. Je n’ai pas de tabous dans ce que je peux raconter dans mes chansons ou sur scène avec cette pièce. Pour moi le tabou il est plus dans la forme que dans le fond. Je ne souhaite jamais être vulgaire mais je ne me dis jamais que de parler de l’avortement par exemple, peut être vulgaire
Pierre :
L’album est très riche musicalement : alors merci le studio de votre PC, merci au courage qui est en vous et qui vous a forcé la main pour enrichir votre univers ou merci Albin ?
Jeanne Cherhal :
D’abord merci à Albin de la Simone car en tant que réalisateur il m’a laissé une grande liberté : liberté de mouvement et instrumentale. J’ai vraiment fait tout ce que je voulais sur ce disque. Le deal de départ avec lui, c’était de ne pas lui laisser jouer d’instrument sur l’album afin qu’il se concentre sur la réalisation. Je le remercie surtout pour son esprit de synthèse ! Il nous a laissé nous embourber dans des trucs merdiques mais au lieu de nous censurer il nous laissait chercher pour ensuite nous aiguiller. Il a le talent de tirer le meilleur de chacun. Je voulais faire un album un peu plus pop, produit où ma voix aurait plus d’importance. Il m’a aidé à épurer, à aller à l’essentiel… il m’a même suggérer de retravailler mes textes ! (rire) alors que pour moi c’était super vexant cette demande ! (rire) mais il avait raison au final.
Pierre :
La thématique de l’eau est très prisée par plusieurs artistes, comment expliquez vous ce phénomène ?
Jeanne Cherhal :
Pour les autres je ne sais pas… mais pour moi c’est simple, je dirais qu’on vient tous de là donc c’est un élément dans lequel on se sent bien. J’adore me baigner dans la mer en Octobre…
Pierre :
Ca peut être agréable mais ça dépend où ?
Jeanne Cherhal :
Dans la Manche ! (rire) Alors que j’étais en tournée… bon je me suis choppé la crêve mais c’était génial (rire). L’eau c’est un élément fluide et musical : le bruit d’un torrent ou le cycle des vagues c’est très rythmé. Une marée c’est cyclique. Beaucoup plus que le feu par exemple ? j’ai toujours aimé mettre la tête sous l’eau.
Pierre :
Sur la pochette vous avez vraiment mouillé la robe ou c’est un montage ?
Jeanne Cherhal :
Ho hé : attendez c’est vrai ! (rire) Je rêvais depuis un moment de faire une séance photo sous l’eau et là cela en devenait l’occasion. Je savais pas trop à quoi m’attendre après 2 jours de 7 heures sous l’eau. C’était physique et j’ai adoré. Fallait pas qu’il y ait un sein qui dépasse, une bulle mal mise dans le cadrage…
Pierre :
C’est un petit clin d’œil à Nirvana ?
Jeanne Cherhal :
Après coup je me suis rendu compte que sur la photo qu’on a choisi pour la pochette je suis dans la même positon que le bébé de Nevermind. Ce n’était pas conscient au départ mais j’assume complètement cette filiation ! (rire).
Pierre :
Bon pour terminer, qu’est ce que je peux faire pour éviter que de l’eau ne coule de vos yeux ?
Jeanne Cherhal :
Je suis super fan de l’humour noir !