Helena Noguerra - Chronique Album "Fraise Vanille" 2007

Helena Noguerra - Interview 2007

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Helena Noguerra - Concert Les Etoiles (Paris) 2019

Helena Noguerra - Festival Olivier Libaux Tribute (Paris) 2021




Interview

Helena Noguerra - Interview - Pierre Derensy


Helena prise dans le tourbillon de la vie avait peut être besoin de rendre un certain hommage à l’auteur brillantissime qu’est Rezvani. Car l’un comme l’autre ont des parcours similaires. En réécoutant « J’ai la mémoire qui Flanche » on se dit que tout un chacun à un souvenir de ce libertaire vivant librement de ses passions. Et c’est bien là le prodige qu’à réussit à concrétiser sur ce disque Helena Noguerra : devenir plus qu’une interprète intemporelle, une femme qui entreprend, qui chante, qui aime et qui accepte de se mettre au service d’un projet d’utilité publique.

Pierre :
Savez vous qu’à mes yeux vous permettez à une nouvelle génération de connaître tout un pan de l’histoire qui était sinon disparu tout du moins oublié ?
Helena Noguerra :
L’auteur est méconnu mais de son fait, alors que toutes ses chansons parlent aux gens. Je ne fais pas ça pour être la mémoire de la chanson française ou pour plaider la cause de quelconque artiste oublié. C’est un plaisir, j’ai rencontré Rezvani, il aimait bien ma manière de chanter ses chansons.
Pierre :
Vous prouvez que les chansons d’amours sont éternelles ?
Helena Noguerra :
Certaines en tout cas. Elles sont du moins intemporel. Avec un langage direct, ce sont des chansons fédératrices qu’un gamin de 16 ans actuellement peut comprendre. Ce n’est pas comme si l’on faisait écouter du Férré à un môme, là il y a quelque chose de franc, de direct. Il n’y a pas de chichi, c’est naturel. L’amour est un sujet qui va le mieux à la musique. Je pense que toutes les chansons sont plaisantes à chanter, je ne me suis jamais lancé dans la chansons politique mais j’imagine que Tracy Chapman prend du plaisir quand elle chante un titre engagé.
Pierre :
Pouvez vous m’expliquer le processus qui vous a amené à enregistrer cet album ?
Helena Noguerra :
Un pur hasard. Ce n’était pas prémédité, je n’ai pas fantasmé cet album : ni dans ma jeunesse, ni dans ma vieillesse (rire). On m’a proposé d’aller chanter quelques chansons à la maison de la Poésie lors d’un hommage rendu à Rezvani, j’y suis allé, à la fin du concert nous nous sommes parlés. Il a trouvé mon interprétation de son répertoire chouette, il m’a simplement dit que les chansons m’allaient bien, que ça faisait 30 ans qu’elles n’avaient plus été chantées, il souhaitait les faire découvrir à une nouvelle génération. Ensuite nous nous sommes excités l’un l’autre… enfin si je peux m’exprimer ainsi. Finalement au bout d’une semaine je l’ai rappelé pour lui dire banco d’autant plus que je touchais à l’une de mes grandes idoles. Je lui ai écris comme une groupie en 1999, je m’étais totalement identifié à son histoire d’amour avec sa femme qui s’appelle Danièle. Il a écrit des romans merveilleux là-dessus dont « Le Testament Amoureux». C’était quelqu’un d’emblématique et de très important dans ma culture et ma vie. Je ne fantasmais pas sur l’homme mais sur l’idéal du personnage. Vous imaginez bien que lorsque l’on vous dit que vous valez bien Jeanne Moreau il n’y a aucune raison de ne pas y aller (rire).
Pierre :
Les 2 multi-indisiplinaires se sont donc mis à s’aimer ?
Helena Noguerra :
C’est tout à fait ça. Encore que ça je l’ai pigé après. En effet je me suis dis que je l’aimais car j’avais besoin de me raccrocher à quelqu’un qui me rassure sur mon statu. C'est-à-dire que je fais pleins de trucs et ce que l’on me renvoie n’est pas toujours très rassurant. On me dit souvent que je suis une dilettante, qu’à force faire pleins de choses on ne fait rien de bien, qu’à force de faire trop je ne fais rien… enfin bref pleins de jugements qui peuvent déstabiliser et vous laisser en proie aux doutes, c’est vrais que d’un seul coup grâce à lui j’acceptais de vivre ma vie comme il a vécu la sienne. Vivant comme il le désirait, en faisant ce qui lui plaisait au même titre que moi. Encore que lui est beaucoup plus radical. Il est hors du monde, personnellement je garde mes distances tout en vivant sur Paris, je côtoie des gens du milieu artistique. Nous ne sommes pas des marginaux mais nous vivons dans la marge.
Pierre :
Pouvez vous me relater le clin d’œil du titre ?
Helena Noguerra :
Alors : je connaissais les chansons du style « le tourbillon de la vie » sans en connaître l’auteur. Il y a 10 ans, un ami m’a fait connaître les chansons de Jeanne Moreau, d’Anna Karina et un album ou Rezvani chante seul à la guitare des chansons rigolotes, je lui demande le nom de cet auteur et il me répond « Rezvani évidement » mais moi j’entends « Fraise Vanille ». Ce qui collait avec sa manière sauvage de chanter, hors tempo, s’en foutant un peu, jouant brutalement de la guitare, avec une liberté et un ton incroyable, je me disais bhen il s’appelle Fraise-Vanille car il est marrant. Totalement envoûtée, Je demandais souvent à ré-écouter Fraise Vanille et mon ami s’amusant de ma confusion ne m’a jamais reprise sur le nom de cet artiste. C’est en lisant « Le Testament Amoureux » que j’ai pu me rendre compte de la confusion. Quand nous avons fait l’album au lieu de mettre Helena chante Rezvani qui a un coté Uté Lemper chante Piaf, je lui ai demandé de mettre ce titre un peu naïf.
Pierre :
C’était dur de faire une sélection de chansons et sur quelle base l’avez-vous fait ?
Helena Noguerra :
A l’instinct. Au tout départ je me suis dis d’aller au truc naturel. Que ce soit ce que j’aime. Sans faire la maligne à vouloir absolument faire découvrir une face plus obscure de Rezvani ou un coté plus intelligent. J’ai donc pris celles que je connaissais par coeur, celles que j’adorais et ensuite j’ai pris celles que je ne connaissais pas, qui me plaisaient et dont je tombais amoureuse instantanément. Au final il m’en restait trente. Je les ai éliminé donc selon l’humeur, selon la journée aussi. Disons que j’ai fais cette sélection un mardi mais je pense que si je l’avais fais le mercredi il y en aurait eu d’autres dessus.
Pierre :
Quand on écoute « Caresse Moi » la chanson inédite on se dit que personne actuellement n’est capable d’écrire une chanson pareille ?
Helena Noguerra :
C’est vrais. Dans le rap ou le hip-hop ils font des titres plus osés. Mais disons que c’est une continuité de ce qu’il a déjà fait.
Pierre :
Comment avez-vous décidé de faire participer certains de vos collègues à ce projet ?
Helena Noguerra :
Ho c’est très fastoche ! Quand vous dites je vais reprendre des chansons de Rezvani, ils se disent tous « ho merde je n’y avais pas pensé » ou alors certains ayant un chemin plus égotiste à construire préfèrent se consacrer à leurs propres chansons. Mais au final je pense que j’aurais pu sonner à toutes les portes : tout le monde aurait accouru. Ha non ! Remarquez il y en a un qui m’a dit non : Jay Jay . Johanson. Je le dénonce (rire). On va lui envoyer le disque maintenant pour qu’il puisse pleurer (rire).
Pierre :
Prendre Fred Martel pour vous aider à réaliser l’album est un vrai coup de reine ?
Helena Noguerra :
C’est gentil moi aussi je pense que c’est une très bonne idée (rire). Ce fut un coup de foudre artistique très rapide. J’avais déjà demandé à travailler avec lui il y a quelques années. Je voulais qu’il me compose quelques chansons car j’aime bien son coté « A l’américaine ». Je l’ai rencontré pour lui demander de m’aider à réaliser l’album car je tenais à y participer en ayant une oreille attentive. J’ai donc parlé une heure avec lui et quand je suis sortis de notre rencontre j’ai appelé ma maison de disque pour dire « ok c’est bon, c’est lui ! ». Ils ont été surpris. M’ont demandé d’essayer au moins une chanson avant de prendre une décision aussi catégorique mais je n’en avais pas besoin. Nous nous étions compris. Il a une écoute… Bizarrement des fois je dis n’importe quoi mais je sais ce que je veux dire. Et lui est curieux de ça, si je lui dis « il faut que ça flotte », il y va, il essaye de retranscrire cette pensée. Il me disait souvent que ce que je demandais ne se faisait pas en musique mais que justement c’était ça qui était drôle.
Pierre :
Votre but c’était de ne pas trahir l’esprit des chansons en faisant l’erreur de beaucoup qui transforment un titre immortel dans un genre nouveau ?
Helena Noguerra :
C’était le postulat de départ, de ne pas jouer au malin en les arrangeants ou les modernisants. Nous tenions à rester humble devant ces chansons qui se suffisent à elles-mêmes. Au départ tout repose sur la construction guitare voix. On a bâti sur les tempos, les tonalités sobres en rajoutant ensuite peu de choses, peu d’instruments. Il fallait en quelque sorte déshabiller ces titres. Les versions précédentes sont très arrangées, magnifiquement arrangées, voir scientifiquement arrangées. Serge Rezvani par contre à une nature très sauvage, il regrettait presque ce ‘trop pleins’. Il voulait aussi que ce ne soit pas trop mangé par la musique. Je tenais à lui faire plaisir. Je ne voulais pas le piller. En restant innocent comme il est.
Pierre :
Ne serait ce pas parce que vous êtes aussi 2 grands innocents que vous n’avez jamais eu un écho, que ce soit lui ou vous : plus important, tout du moins à la hauteur de la qualité de votre travail respectif ?
Helena Noguerra :
C’est possible, je n’ai pas encore pigé. Lui il s’en fout, il n’en a rien à faire. C’est un peu pareil pour moi. Je suis contente quand on signe un beau et bon papier sur moi. Mais je suis beaucoup plus contente d’avoir un coup de fil de quelqu’un que j’aime. Pour moi l’amour est ma première préoccupation.
Pierre :
Avez-vous une explication sur le fait que Rezvani n’ai pas eu une reconnaissance similaire à Gainsbourg alors qu’ils ont tous les 2 un profil identique ?
Helena Noguerra :
Il ne voulait pas être un professionnel. Il m’a expliqué qu’après ces chansons là il a eu des demandes de Bardot, de Greco ou de Régiani mais il ne désirait pas que les gens attendent quoi que ce soit de ses chansons. Il ne voulait pas entendre des artistes dire « je prends- je jette ». C’est un sentimental. Sa seule ambition c’était d’offrir ses chansons à sa femme.