Astonvilla Interview
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Interview

Astonvilla - Interview - Pierre Derensy


On se demande bien pourquoi le groupe Astonvilla n’a jamais su trouver sur le long terme la place qu’il mériterait d’avoir dans le paysage musical de notre bonne vieille France. La faute à des changements successifs de caps ? A quelques phrases malheureuses que les membres porteraient comme un boulet ? Au manque d’amour hexagonal pour le rock en français dans le texte ? On ne sait pas mais espérons qu’un jour, prochain, cette injustice puisse être gommée, pourquoi pas avec "De Jour Comme de Nuit" superbe opus digne des meilleurs du genre. Rencontre avec Fred Franchitti et Manu Baroux.

Pierre :
Avec le name dropping de "Rock Music" pensez vous encore qu’il y ait un critique qui puisse dire du mal de vous ?
Manu :
Je pense que c’est plutôt le contraire ! C’est à dire que c’est plutôt risqué d’énoncer tous ces groupes.
Pierre :
Je le voyais plutôt dans l’idée que vous faites partie de la famille ?
Fred :
Il y a un peu de ça effectivement. L’hommage rendu à la culture anglo-saxonne. Je suis allé sur le blog de David Abiker qui travaille à Arrêt sur Image, il y dit que notre disque devrait être prescrit par la sécurité social. Sur le forum t’as tous les branchouilles de son entourage qui répondent ‘Ce groupe est à chier’, etc. Là tu te dis que le mec ne peut même pas dire ce qu’il pense sur un groupe qui ne fait pas l’unanimité dans son milieu. Il y aura toujours quelqu’un qui va s’esclaffer de ce que nous faisons. En tout cas il aime bien ce qui prouve qu’il a bon goût et donc merci à lui (rire).
Pierre :
Faut il avoir la carte pour se retrouver propulser dans les groupes "in" ?
Manu :
Oui mais si tu commences à la chercher tu l’as dans le cul.
Fred :
Si tu te mets à vendre des millions de disques on te la donne automatiquement. Aston n’a pas la carte et n’en vend pas. Ce n’est pas évident à avouer. L’essentiel est de faire un petit peu ce qu’on a envie de faire et comme on en a envie. ‘De Jour Comme de Nuit’ par rapport aux albums précédents, a de bons échos pratiquement partout, les inrocks ont même fait une critique élogieuse. J’aurais presque souhaité qu’un ringard comme Philippe Manœuvre dise "Merde ce disque est nul". Quelqu’un qui se prétend le pape de la critique rock et qui raconte qu’il a passé la nuit entière avec Lemmy le chanteur de Motörhead alors que Lemmy ne sait même pas qui est ce type, c’est dans ses fantasmes toute cette histoire. Je pisse à la raie de Philippe Manœuvre !
Pierre :
Qui est un nain ce qui va être compliqué mais revenons à la musique, vous chantez I wanna play rock music, est ce qu’avec "De Jour Comme de Nuit" c’est définitivement le cas ?
Fred :
I wanna play rock music c’est aussi laissez nous faire d’autres disques. J’entend pour tous ceux qui veulent faire des albums aujourd’hui. C’est le message sous jacent derrière le titre léger. C’est permettez nous de faire de la musique en achetant notre album. En faisant cet acte militant d’acheter l’objet.
Pierre :
N’êtes vous pas comme Bertignac à la limite de dire que votre album pourrait être un matériel promotionnel pour faire venir les gens à vos concerts ?
Manu :
On ne peut pas aller jusque là car sinon pourquoi on se ferait chier pendant des mois à écrire des chansons. Dans ce cas là tu sors un single ou tu fais comme des artistes qui n’ont pas d’actualité mais qui sont dans tous les médias. Tu ne peux pas dévaloriser le disque. En plus si tu vas sur scène pour jouer sempiternellement les mêmes morceaux tout le monde s’emmerde. Sinon, tu peux aussi les jouer et ne jamais les enregistrer.
Fred :
Alors là c’est le luxe suprême ! (rire) Bertignac peut se permettre de dire ça car il est plein d’oseille. C’est sympa d’avoir ce type de pensées mais il peut se le permettre lui, pas les autres. Pas la majorité. Tu sais, on m’a expliqué que Dominique Sonic, qui est quand même une pointure, une figure du rock alternatif, est au fin fond de la Bretagne avec le RMI. Le gars était sur les couv’ de Best, Rock & Folk et là il donne des concerts guitare-voix dans des MJC.
Pierre :
Regarde Moi c’est justement ce qui arrive quand on aime cette musique et qu’on traîne trop tard aux bars des salles de concert ou dans un bus de tournée ?
Fred :
C’est pas carrément ça mais c’est un peu ça oui (rire).
Pierre :
Dans les textes tu te livres plus qu’avant ?
Fred :
Il y a beaucoup de moi. Des personnages qui ont constitués le groupe aussi, "Un Homme Bien" cela pourrait être moi mais aussi d’anciens membres du groupe. J’avais la volonté de m’épancher avec moins de pudeur. C’est vraiment venu tout naturellement. 10 ans après tu racontes les choses différemment, sans maquillage, beaucoup plus cash. Sur cet album il y a eu plus de textes avant d’entrer en studio que sur les précédents.
Manu :
Parfois tu as un mot, ou un début de texte en entrant en studio sur lequel t’appuyer pour faire le titre complet.
Fred :
Quand tu as ‘Un Million de Lézards’ ou ‘Regarde Moi’ tu dois avoir une exigence sur ton écriture afin que ce que tu composes ensuite ne soit pas en dessous de cette barre.
Pierre :
A partir de ‘Champagne’ j’ai l’impression d’avoir affaire à un autre groupe sur l’album ?
Manu :
Il y a des titres moins singelisables dès ‘Croiser le Fer’. Les set-list se construisent de cette manière dorénavant.
Fred :
Tu retrouves un coté Face A – Face B.
Pierre :
Cali me disait que Daniel Presley était vraiment gentil mais qu’il mettait la barre très haut, est ce que pour vous ce fut le même constat ?
Fred :
Bizarrement pour un anglo-saxon il a mis beaucoup d’exigences au niveau des textes. Il avait toujours la volonté de comprendre. C’est pas anodin cette demande. Il ne venait pas là que pour s’occuper de la musique et point barre. Il met le doigt sur des choses auxquelles tu ne penses pas. Le talent qu’il a c’est que ce n’est pas l’album de Daniel Presley, tu ne retrouves pas sa griffe indubitablement. Que ce soit pour nous ou Luke, Cali ou Dionysos ce sont les albums des artistes et pas ceux d’un producteur.
Manu :
Daniel est hyper technique, il a une exigence au niveau du matériel, du son de la voix, mais il te donne cette chance que tout ce que tu enregistres est exploitable. Quand toi tu n’en peux plus il va toujours te remettre dans de bonnes conditions pour le rejouer différemment.
Pierre :
Si l’on analyse l’ensemble du disque on se rend compte que vous proposez à vos auditeurs de se dévergonder et ainsi de se libérer de tous les poids du monde ?
Manu :
Exact mais ça ne veut pas dire soi un branleur, pour ce disque on a bossé comme des chiens mais en s’amusant.
Fred :
Il nous fallait pouvoir aborder certains sujets un peu graveleux sans que ce soit plombant ou larmoyant. Il y a beaucoup de générosité, c’est ce qu’on attend sur la bande.
Pierre :
Qu’est ce qui a manqué à "Strange" pour être un album aussi populaire que le live acoustique ?
Fred :
Les radios n’en ont pas voulu.
Pierre :
N’est ce pas aussi la faute au live acoustique qui vous a fait connaître du grand public et qui aurait engendré une mauvaise compréhension avec cet album suivant ?
Fred :
C’est aussi la prise de risque d’être là où on t’attend le moins. De ne pas être là pour réitérer la recette qui a fait un petit succès. En même temps le live acoustique, on n’en a vendu ‘que’ 80 000, on n’a jamais dépassé la barre des 100 000. Là avec le dernier on doit être à 25 000.
Pierre :
Votre coup de gueule aux victoires de la musique vous a t’il porté préjudice ?
Fred :
C’est marrant que tu soulèves ça parce que moi aussi j’y pensais et on m’a gentiment répondu non. Il y a eu une espèce de cabale ou de fatwa avec ce discours. La maison de disque mise en cause a un poids important, c’est un grand groupe qui peut facilement demander à un autre groupe qui s’occupe de radio par exemple de ne pas passer ce catalogue ou ces artistes.
Pierre :
Ce serait à refaire vous y retourneriez avec les mêmes propos ?
Fred :
J’aurais laissé faire le même discours sans prononcer le nom du mec. Il était pas prévu de balancer un nom mais comme il venait d’y avoir la lettre de Bertrand Cantat plus Zazie qui en avait rajouté une louche, Doc s’est dit qu’il devait faire encore plus fort ! (rire) On était tous les deux dans le truc à s’émoustiller pour leur rentrer dedans. Le pire c’est que ce fut un gros coup de pub pour cette maison de disque. Les dirigeants d’aujourd’hui de cette maison ne sont plus là, le gars actuel semble en plus aimer la musique. Ce serait naïf de croire que les gentils sont chez les indés et les méchants chez les majors.
Pierre :
Par contre vous avez un contrat particulier en indé chez Naïve avec une grosse prise de risque pour vous ?
Fred :
Enorme. De toute façon Naïve n’a pas les mêmes moyens qu’un grand groupe. Ce n’est pas la politique du marketing avec des millions de dollars pour acheter de l’espace et des pub télé sinon on nous verrait partout et l’on nous entendrait partout. Je pense que cela va être plus long. Il faut être patient et faire de la promo par tous les moyens pour dire que cet album c’est de la pure bombe. Que c’est l’un des plus grands albums rock. C’est la première fois que j’ose dire ça. Je l’aime.
Pierre :
Vous prouvez que faire un album rock en français n’est pas un paradoxe mais bien une réalité qu’on pensait perdu aux bottes de Bashung.
Fred :
Putain Pierre merci ! que les dieux de la musique t’écoute. Je pense que ce disque va rencontrer son public. Sur scène ça marche plutôt bien.
Pierre :
De quelle manière accommodez vous les nouvelles chansons et les anciennes lors de vos concerts ?
Fred :
Y a tout d’abord un putain de guitariste dans le groupe, je ne te dis pas ça parce qu’il est assis à coté de nous mais les guitares de l’album il les fait sonner juste sur scène.
Pierre :
Et alors, comment fais tu Manu ?
Fred :
C’est simple : des bandes ! (rire) Sérieusement : l’avantage que ce soit sur cet album là ou sur les autres les morceaux sont saints. Ils ne reposent pas entièrement sur des éléments musicaux venu d’un ordinateur.
Pierre :
Suite à l’une de vos chansons je voulais savoir si les femmes sont aussi dangereuses que les cigarettes ?
Fred :
Pire ! Je ne me suis jamais posé la question mais je pense qu’il est beaucoup plus facile de résister à la cigarette qu’aux femmes.
Pierre :
"Coming Out" aurait très bien pu figurer sur "Pédale Douce et Dure" ce qui aurait au moins permis d’avoir une bonne chose sur la pellicule, pensez vous aux musiques de films ?
Fred :
Ca nous branche bien. Cet album on l’a réfléchi à la Ennio Morricone et Sergio Léone. Une sorte de western moderne.
Manu :
C’est bien de se projeter sur une image. Tu joues et tu assumes plus simplement. Même si tu n’as pas une vison globale de l’ensemble. Cela te permet d’aller dans une direction plus claire.
Fred :
Faire son coming out c’est aussi sortir de soi même pour aller vers l’autre. Tout le monde peut dire facilement ‘Je ne t’aime pas’ mais qui est encore capable aujourd’hui de dire ‘Je t’aime’ ?
Pierre :
N’est ce pas aussi un moyen de contrecarrer notre société ultra libéraliste dénuée de sentiments?
Fred :
La liberté je l’ai 2 heures par jour quand je suis sur scène. Je ne vis que pour ça.
Pierre :
Enfin cela vous emmerde t’il qu’on dise qu’Aston-Villa est le groupe phénix par excellence ?
Fred :
Ca ne m’emmerde pas du tout. Ca me va très bien comme définition.