Arthur H Interview
 Arthur H - Festival Les Vieilles Charrues 2003

Arthur H - Interview 2006

Arthur H - Festival Furia Sound 2006

Arthur H - La Fête de L'Huma 2009

Arthur H - Concert Le Trianon (Paris) 2012




Interview

Arthur H - Interview - Pierre Derensy


On veut bien croire qu’Arthur H ait enfin dit adieu à la tristesse. Comme l’un de ses auteurs préférés il est parti bourlinguer sur des terres plus hospitalières. Ce n’est pas sans regret que l’on abandonne ce roi à la couronne d’épines pour retrouver un chevalier au costume blanc immaculé cherchant l’or autour des corps de femmes. Arthur est donc libre comme l’air pour nous guider dans son monde mystique et rêveur composé de chansons modernes et tout à la fois empruntes d’une histoire millénaire.

Pierre :
Je vous ai vu sur les planches de l’Aéronef de Lille le soir de l’élection de Miss France où vous cherchiez vous même à vous présenter à cette sélection, avez vous trouvé le moyen de devenir Miss France 2007 ?
Arthur H :
Tout à fait, j’ai finalement atteint mon but dans une autre dimension !
Pierre :
Quelle dimension ?
Arthur H :
Dans une dimension que l’on ne peut pas nommer. Mais je vous assure avoir été reconnu comme la plus belle.
Pierre :
Par contre vous m’avez déçu ce soir là, vous avez repris toutes les chansons que j’aime de vous sauf 1e : « 14 Juillet 2002 » ?
Arthur H :
C’est une chanson complexe harmoniquement. Nous n’avons jamais trouvé le moyen efficace pour la jouer. Il y a des chansons que tu abandonnes sur la route quand tu pars en vacance en tournée. Tu l’attaches à un piquet et tu l’abandonnes. Ces chansons là sont punies.
Pierre :
Je voulais revenir sur la chanson « Adieu Tristesse » est ce que vraiment l’amour est beau le samedi soir et qu’arrivé le dimanche matin tout reprend ses droits et qu’on perd toute illusion ?
Arthur H :
Ce serait trop triste votre vision des choses. On perd ses illusions quand on se fait trop d’illusions sinon la magie peut toujours être reprogrammée d’une certaine manière. Par contre à certains moments il faut être assez rusé.
Pierre :
Dans presque toutes vos chansons l’amour est une fuite ?
Arthur H :
Oui tout à fait. Une fuite jusqu’au moment où ça devient un face à face très cru. (rire)
Pierre :
Tous les personnages que vous décrivez si bien, sont plus ancrés dans l’imaginaire que dans le réel, est ce que chanter la vie courante c’est boire de l’eau et que vous avez décidé de boire de l’alcool à toutes les sauces ?
Arthur H :
Pour moi l’imaginaire est un outil extrêmement précis pour aller au cœur du réel. Pour s’avancer le plus près possible des vraies émotions. Ce n’est pas une fuite, la banalité de la vie existe mais pour moi c’est tout autant un choix de vision, subjectif. Pour moi la réalité n’existe pas, ou tout du moins on ne sait pas ce que c’est.
Pierre :
Il y a aussi cette obscurité, ce royaume de la nuit et de la lune qui vous inspire, est ce que la nuit est le seul moment où vous vous acceptez ?
Arthur H :
Je pense que la nuit dans notre société moderne c’est le moment où il y a le moins d’interférence. On retrouve un monde plus calme et silencieux. Le temps reprend ses droits… Mais maintenant j’aime autant le soleil que la nuit.
Pierre :
« Le Danseur » sur votre album c’était un hommage au corps, avez vous maîtrisé le votre ?
Arthur H :
(Rire) J’ai rencontre le professeur Tomatis (oto-rhino-laryngologiste et spécialiste du traitement des troubles de l’audition et du langage) qui m’avait dit un jour qu’il fallait redevenir un bon singe ! Quand on parle de « maîtrise » on sous-entend encore un objet mécanique qu’il faut contrôler alors qu’au contraire je pense qu’il faut redonner toute son aisance, sa liberté au corps car c’est là qu’on peut essayer de vivre une vraie plénitude des sens pour donner et recevoir.
Pierre :
Tout le monde a déclaré que votre nouvel album était le plus facile d’accès à votre univers alors que pour moi c’est le plus complexe ?
Arthur H :
C’est très bien que vous pensiez ça. J’ai toujours eu l’envie de faire une musique exigeante et audacieuse le plus possible et en même temps une musique qui ne soit pas ésotérique mais émotionnellement lisible.
Pierre :
Avec « Négresse Blanche » il y a par contre une cassure avec votre début de carrière comme si vous aviez décidé d’aimer aussi enregistrer des disques et qu’avant ce n’était pas le cas ?
Arthur H :
J’ai toujours adoré enregistré des disques mais parfois ce processus était tellement difficile que je perdais mes moyens. Capter quelque chose d’aussi éphémère et subtile que la musique reste une entreprise délicate. Depuis « Négresse Blanche » je commence à ré-équilibré la chose en me permettant d’avoir plus de plaisir en studio.
Pierre :
A partir de votre piano solo il y a aussi une plus grande sobriété dans vos concerts qui perdure encore maintenant, disons que pour moi avant vous faisiez des spectacles alors que là je vous ai vu donner un concert ?
Arthur H :
Oui, nous avions été assez loin dans le coté ‘spectacle’ avec beaucoup d’images très folles, très barrées. Finalement il y avait de moins en moins de gens dans les salles, je n’ai pas l’impression d’avoir été très suivi à ce niveau là donc il fallait me recentrer sur l’énergie, qu’on densifie la musique pour qu’elle soit explosive à un moment ou à un autre. Une fois que j’aurais ce noyau explosif dans la main j’essayerais de retourner à des spectacles plus surprenantsvisuellement.
Pierre :
Votre album vient d’être édité en slidePac, n’est ce pas dommage d’avoir la version réduite de votre « Adieu Tristesse » ?
Arthur H :
Si c’est dommage mais c’est une opération marketing des maisons de disques pour contrer le piratage en vendant nos disques pas chers. Je ne suis pas contre car moi ce qui me plait c’est que les gens m’écoutent et prennent du plaisir avec mes chansons.
Pierre :
H et M ne sont ils pas victimes de la mode ?
Arthur H :
(Rire) Comme tout le monde aujourd’hui ! On ne peut pas ne pas être victime de la mode. Nous sommes des victimes tout à fait consentantes. On est des bons esclaves consommateurs. Avant le monde de la mode ne m’intéressait pas du tout alors que maintenant je trouve un certain plaisirs à avoir cette espère de créativité complètement dingue. Cette folie du vêtement je trouve même ça stimulant.
Pierre :
Tout le monde parle de vos duos sur ce dernier disque mais moi je voulais revenir sur un duo qui m’a bouleversé c’est celui que vous avez entrepris sur « Madame X » avec Lhassa ?
Arthur H :
Lhassa c’est une artiste et une personne qui m’inspire beaucoup. J’adore parler avec elle. C’est quelqu’un qui est appréciable car elle ne doute pas de son univers intérieur.
Pierre :
Elle paraît plus en paix que vous même ?
Arthur H :
Nous sommes très différents. Il y a un coté de nous où nous sommes frère et sœur et de l’autre nous sommes dissemblables. Surtout moi maintenant à travers les concerts et mon prochain disque où je cherche à aller vers l’énergie, vers une musique explosive alors que Lhassa est dans un ressenti très intériorisé et poignant. Elle adore la mélancolie.
Pierre :
Pourquoi ce besoin d’avoir un écho, d’avoir 2 tons de voix pour magnifier vos chansons ?
Arthur H :
Je ne sais pas pourquoi j’aime ça. Je sais que j’aime chanter avec les autres car je trouve que faire de la musique avec quelqu’un c’est une manière intéressante de le rencontrer humainement.
Pierre :
Je voudrais évoquer avec vous qui avez quitté l’école à 16 ans le fameux CPE et le fait que tous ces jeunes semblent si conscients du monde qui les entoure qu’ils en oublient de rêver ?
Arthur H :
Je trouve qu’ils ont raison de se battre car c’est, pour quelqu’un de jeune, formateur de contester, de se confronter à l’autorité de manière directe. Mais je pense qu’il ne faut pas perde le sens de l’humour et une légèreté ce qui peut très facilement arriver aux militants. Il ne faut pas penser que la société est responsable de ton destin. Il ne faut pas donner autant de pouvoir à une autorité supérieure quels que soit les abus qui sont exercés il ne faut pas oublier que l’on est toujours libre.
Pierre :
Je voulais revenir sur vos fameux « 15 ans de carrières », le Arthur H libre et insouciant post-ado est il toujours identique à 40 ans ?
Arthur H :
J’ai eu des périodes où j’ai perdu mon insouciance mais maintenant j’ai l’impression de la retrouver. Je retrouve très concrètement des visions d’ado, des rêveries d’enfants. Je les avais mises de coté pendant un certain temps à cause des coups de pied nécessaires que la vie te met au cul. Après un bon nettoyage je sens que je continue d’explorer mes visions d’adolescent.
Pierre :
Partir aux Etats-Unis apprendre la musique vous a t’elle fait aimer ce que vous détestiez ici ?
Arthur H :
En fait : je n’aimais rien en France. Je ne connaissais pas la culture française. J’écoutais du punk, de la new-wave et du reggae, c’est là bas aux Etats-Unis avec la magie de la distance que j’ai découvert le surréalisme, Gainbsourg, plein de gens qui m’ont marqué profondément.
Pierre :
On dit toujours que l’on fait l’inverse de ce que nos parents désirent, faire de la musique c’était donc la voie royale pour vous assumer familialement et perdre tout crédit à leurs yeux ?
Arthur H :
(Rire) Je crois que la plupart du temps on obéit au désir secret de notre arbre généalogique et c’est quelque chose que j’assume sans problème.
Pierre :
Votre carrière est aussi jalonnée de nombreux voyages artistiques sur tous les continents, est ce une évasion indispensable ?
Arthur H :
Oui car chaque pays à sa petitesse, son enfermement sur lui-même. Il n’y a aucun pays qui échappe à ça. C’est indispensable pour un honnête homme d’aller voir ailleurs s’il y est ! C’est aussi important de se rendre compte que le monde est vaste et sauvage !
Pierre :
Vous avez comme Mireille Mathieu ou Alain Delon un beau succès au Japon, seriez vous prêt à devenir has-been ici pour avoir votre parfum au pays du soleil levant ?
Arthur H :
Tout à fait ! Je n’ai jamais réussi à sortir avec une jeune japonaise malgré mes efforts dans mes premières tournées. Malheureusement je crois que je suis un peu oublié au Japon. Du coup mon succès augmente en France.
Pierre :
J’aimerais savoir ce que vous emporteriez dans votre dernier voyage ?
Arthur H :
Mon âme !